Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 298 du 9 juillet
2003 - pp. 4 à 6
C’est littéralement en procession que les plus hauts
personnages du gouvernement se sont prosternés au long de la
dernière semaine de juin devant les dix "Grands Mamamouchis" des
obédiences maçonniques à l’occasion du prétendu 275e
anniversaire de la fondation de la première loge en France.

Le 23 juin, Chirac leur servait à l’Elysée un écoeurant
brouet de flatteries et de mensonges.
Le Libre Journal en a publié le texte intégral la décade dernière
et nous y reviendrons en détail dans de prochaines éditions.
Bornons-nous, pour l’instant, à l’un des propos les
plus grossièrement controuvés : « Les heures noires de
l’Occupation et de la collaboration l’ont
douloureusement marquée [la franc-maçonnerie]. Dès août 1940, une
législation antimaçonnique était promulguée.
Les obédiences étaient dissoutes, leurs locaux occupés, leurs
temples dévastés,
leurs archives détruites, leurs collections pillées. Les
francs-maçons ont été dénoncés,
leurs noms livrés à l’occupant nazi. Beaucoup d’entre
eux furent déportés et trouvèrent
la mort dans les camps. »
Le lendemain, à Matignon, Raffarin reprenait le même mensonge et
évoquait « le souvenir des 3 000 franc-maçons engagés dans la
Résistance et du millier de frères victimes de la déportation
».
Puis, Place Beauvau, Sarkozy lâchait la première incontestable
vérité de ce voyage en terre conquise : « La franc-maçonnerie est
chez elle au ministère de l’intérieur ! » Quant on sait que
pratiquement neuf gradés de la police sur dix sont affiliés à une
loge, on comprend ce que Zébulon voulait dire...

Enfin, le 26 juin, avant le geste de Perben, garde des Sceaux, sur
lequel nous reviendrons en détail dans un prochain article,
c’est Villepin, ministre des affaires étrangères, qui leur
ouvrait les salons du Quai d’Orsay, entonnant à son tour la
complainte des heures sombres : « La franc-maçonnerie a porté sa
part du fardeau dans la lutte contre les totalitarismes : interdite
en 1941 sous Vichy, victime des déportations ».
Tout cela est faux, bien entendu.

Aucun franc-maçon n’a été déporté en raison de sa seule
appartenance. Ceux qui ont résisté ne l’ont pas fait sur
ordre de leur loge. Pas plus que les "profanes" ne l’ont fait
à
l’instigation de leur club bouliste ou de leur cercle de
bridge. Les uns et les autres
ont agi par patriotisme et l’appartenance maçonnique
n’y a eu aucune part.

Raffarin, Sarkozy et Villepin répètent, à la queue-leu-leu.
Quant aux arrestations et aux déportations, si elles ont visé des
affidés c’est que,
par ailleurs, outre leurs activités occultes et leur appartenance à
des associations
interdites par la loi, ils étaient suspectés ou convaincus de
délits et de crimes de
droit commun (marché noir compris) ou d’activités de
résistance que le pouvoir en place appelait alors du
terrorisme.
La répétition de ce flagrant mensonge à trois reprises, trois jours
de suite par le chef
de l’Etat, puis par son premier ministre et, enfin, par son
ministre des affaires étrangères, ne peut pas relever d’une
simple méconnaissance de l’histoire de l’Etat
Français.
Elle obéit au même calcul qui fut celui de Chirac lorsque, visitant
le Mémorial de l’Holocauste à New York, il fit cyniquement
ajouter aux explications données par les guides un mensonge
ridicule selon lequel l’Etat Français aurait imposé le port
de l’étoile jaune aux juifs en zone non-occupée.
C’est si contraire à la vérité historique que même les plus
partiaux des historiens
le reconnaissent. Ainsi lit-on sur le site communautaire "Mémoire
juive et éducation"
les lignes suivantes :
«
Dans un rapport du 12 février 1943, Knochen (à gauche) évoque
l’opposition de Pétain et du gouvernement de Vichy à
l’introduction de l’étoile jaune en France (non
occupée)...
Laval promet dès août 1942 la dénaturalisation des juifs français
naturalisés après 1933, puis après le 1er janvier 1932, puis après
le 10 août 1927, mais la pression de l’opinion (rapports des
préfets et attitude de certains évêques) fait que la loi est
retardée.
Un projet est élaboré en avril 1943, mais c’est
seulement en juin 1943 que la loi est signée. En juillet, Laval
décide de stopper la promulgation de cette loi. »

Chirac ne pouvait ignorer qu’il mentait mais il comptait que
personne n’oserait le contredire et qu’il obligeait
ainsi encore un peu plus les boutiquiers de la mémoire.
Devant les frères la Gratouille, Chirac, Raffarin et Villepin ont
également proféré un mensonge conscient, volontaire et intéressé.
Et qui vise un but précis. Lequel ?

Tout simplement assimiler le sort des francs-maçons en France
occupée à celui des juifs pendant les
Heures-les-plus-sombres.
Et ce dans une double intention :
- D’abord étayer la prétention des obédiences à criminaliser
toute réticence à l’endroit de la secte maçonnique au même
titre que de la secte talmudique. Une telle extension de la loi
Gayssot (juste en bas, au centre) aurait l’avantage
appréciable pour les mafias, qui, sous couvert d’entraide
fraternelle, ont, de l’aveu même de nombreux dignitaires,
prospéré dans le secret des loges, d’interdire toute mention
de l’appartenance maçonnique des chevaliers d’industrie
et autres escrocs en peau de cochon dont les méfaits jalonnent un
demi-siècle de ripoublique maçonnico-gaullienne.

Des scandales immobiliers de l’ère gaullo-pompidolienne (La
Villette, affaire Rives Henri, etc.) au récent drame du sang
contaminé du maçon Garetta. Du détroussement de l’ARC par le
maçon Croze-Marie au pillage d’Elf par le maçon Sirven. Des
pots-de-vin du maçon Mouillot (semi-libre; en bas, tenant le
magasine)), maire de Cannes, à la mise en coupe réglée des HLM des
Hauts-de-Seine par leur directeur, le maçon Schuller, créature de
Pasqua. Du siphonage des finances d’Angoulême par son maire,
le maçon Boucheron, à la mise en coupe réglée des instances
consulaires par les magistrats maçons, etc.

On n’en finirait plus de lire les rôles des tribunaux devant
lesquels, assurés de toute l’indulgence de leurs frères Chats
fourrés, se succèdent les adeptes de la Tolérance du crime et de la
Fraternité dans le vice.
- Un autre objectif de ce shoah-business maçonnique est de préparer
le terrain à une action commune de lobbying des différentes
obédiences en vue d’obtenir, à l’exemple des officines
communautaires, une indemnisation pour (cf. le discours de Chirac)
« les obédiences dissoutes, les locaux occupés, les temples
dévastés, les archives détruites, les collections pillées » ainsi
que (cf. le discours de Raffarin) « le millier de frères victimes
de la déportation ».
On notera au passage le flou savant des termes récurrents tels que
« beaucoup de francs-maçons » ou « victimes ».
Raffarin se garde bien de préciser si ce millier de victimes est
une évaluation des francs-maçons déportés ou des frères morts dans
les camps.
Il laisse en outre croire que ces déportations auraient sanctionné
par une mort cruelle la simple appartenance maçonnique alors que ce
ne fut jamais le cas.
Pour ne citer que quelques exemples, ce n’est évidemment pas
parce qu’ils étaient francs-maçons que furent arrêtés par les
Allemands des hommes comme Jean Moulin, Pierre Brossolette ou
Marcel Cachin, chef communiste qui échangea sa libération contre un
appel au rapprochement franco-allemand et à l’arrêt des
attentats contre l’Occupant.
La couronne du martyre au-dessus du tablier en peau de cochon
?
Ce n’est d’ailleurs pas non plus parce qu’il
était franc-maçon que l’empereur de la collaboration
économique Josef Joanovici (juste en bas) fut arrêté, fortune
faite, mais c’est bien grâce à ses protections maçonniques
qu’il échappa au peloton que l’époque réservait aux
traîtres.

Autre truquage : Raffarin, usant d’un procédé
d’intimidation désormais étayé par la loi joue grossièrement
sur les chiffres en parlant du « millier de frères victimes de la
déportation ».
Son "nègre" ne pouvait pourtant pas ignorer que, devant la Cour
d’assises de la Seine, lors du procès du "Service des
sociétés secrètes", le 25 novembre 1946, en pleine fureur
épuratrice et en plein délire inflationniste, la franc-maçonnerie,
qui revendiquait soixante mille affidés, ne put faire reconnaître
en tout et pour tout que six mille maçons inquiétés (comme des
millions de Français à l’époque), 989 déportés et 540
fusillés ou morts en déportation.
C’est la moitié du chiffre avancé par le premier
ministre.
En pourcentage de la population considérée, c’est
d’ailleurs ni plus ni moins que la moyenne nationale des
morts "profanes" : 540 morts pour soixante mille francs-maçons
revendiqués, c’est un peu moins de 1 %. Quatre cent vingt
mille morts pour quarante millions de Français recensés,
c’est juste plus que 1 %.
Le raffut lamentatoire des plus hautes autorités de l’Etat
soixante ans après les faits n’est donc qu’une
indécente imposture.
Et un impudent mensonge historique.
Contrairement à ce que prétendent les politiciens asservis aux
loges, les lois antimaçonniques n’ont pas duré d’août
1940 à la Libération ; elles n’ont été réellement en vigueur
que pendant l’absence de Pierre Laval, c’est-à-dire
quinze mois.
La "loi portant interdiction des associations secrètes et obligeant
les fonctionnaires et agents de l’Etat à souscrire une
déclaration à ce sujet" est datée du 13 août 1940, certes, mais
Pierre Laval traîna tant les pieds que la première action
officielle n’intervint que deux mois et demi plus tard, le 28
octobre, avec la confiscation de l’orphelinat maçonnique
(juste en bas) confié à la gestion de l’administration.

Et ce n’est que le 12 novembre que Bernard Faÿe fut chargé
d’inventorier les archives maçonniques (et non pas de les
"détruire" ; la meilleure preuve en est qu’une loi votée le
17 septembre 1941 en imposa la conservation, si bien
qu’aujourd’hui encore on peut les consulter soit dans
l’édition de la Librairie Française soit dans celle du Dragon
à Monte-Carlo).
En décembre 1940, Laval est arrêté et, le 25 avril 1941, est
décidée la mise sous séquestre des biens meubles et immeubles des
associations maçonniques.
Enfin, au mois de mai 1941, un an après l’installation à la
tête de l’Etat du maréchal Pétain par une large majorité de
la représentation nationale, le "Service des sociétés secrètes" est
constitué sous la direction du capitaine de frégate Labat.
Ce service compte cinq sections (police, renseignement, archives,
contrôle des déclarations de fonctionnaires et diffusion) mais un
désordre bien gaulois le prive de toute efficacité en raison de la
concurrence qui oppose les différents organismes antimaçonniques.
Celui de Bernard Faÿe, celui de l’ancien maçon
Marques-Rivière, celui du commissaire Moerschel, celui
d’Henry Coston et enfin celui, purement allemand, du Doktor
Pfannenstiel.
En outre, dès avril 1942, Pierre Laval est de nouveau imposé par
les Allemands comme vice-président du Conseil.
En vieux politicien, il a gardé d’innombrables attaches avec
les Fils de la Veuve et s’empresse de priver le service des
sociétés secrètes de tout moyen : « J’avais toujours
considéré, écrira-t-il, l’action antimaçonnique comme une
manifestation de l’esprit réactionnaire et anticlérical
[...]. Je ne cachai pas [au Maréchal] qu’il y avait des
francs-maçons dont la vie publique pouvait être donnée en exemple.
»
En foi de quoi, Laval révoque Labat, liquide en fait les services
de la commission des activités secrètes et supprime la police
antimaçonnique. Il le fait avec la pleine approbation du secrétaire
général de la police de Vichy, René Bousquet, qui vient de faire
arrêter un de ses propres fonctionnaires pour avoir poussé le zèle
jusqu’à le filer...
Pierre Laval protégeait les fonctionnaires francs-maçons !
Puis Laval nomme à la tête de la "commission" un président de
section au Conseil d’Etat, Maurice Reclus. C’est ce
haut fonctionnaire qui, à la Libération, rapportera à la commission
Hoover les consignes reçues de Laval : « Faites régner dans la
commission un esprit systématiquement libéral en accordant toutes
les dérogations possibles, en essayant de faire rentrer en masse
les maçons éliminés dans l’administration, la magistrature,
l’armée, l’université. Dans ce sens-là, allez fort !
Aussi fort que vous voudrez. Je vous couvre entièrement par des
instructions formelles ! »
A l’inverse, dans le même temps, plusieurs francs-maçons de
tous grades, les plus haineusement anticatholiques, se
rapprochèrent de Marcel Déat, ministre de Laval, farouchement
opposé, lui aussi, à la législation antimaçonnique mais pour
d’autres raisons que le président du Conseil qu’il
détestait.
Ce fut le cas du Grand Commandeur du Suprême Conseil Charles
Riandey, par exemple, qui plaida avoir « combattu, avec beaucoup
d’autres, au prix de pénibles épreuves, l’envahissement
de la maçonnerie par les juifs ». Ce fut le cas, aussi, de Charles
Hernu (en bas), alors jeune délégué à la propagande ouvrière de
Vichy.

L’auteur du fameux Mourir pour Dantzig ? briguait en effet
le fauteuil de Laval. Pour y parvenir, il n’avait pas hésité
à prendre ostensiblement la défense de la maçonnerie et à dénoncer
dans de nombreux éditos de son journal, L’Œuvre, «
l’imbécile nocivité » de la répression des francs-maçons.

Déat n’était mû dans cette affaire par
aucune solidarité corporatiste, aucune connivence parlementaire. Ce
qu’il voyait, lui, en bon militant socialiste laïc et
anticlérical (il avait donné, avant-guerre, des conférences dans
des tenues blanches), c’est que le sabotage des mesures
antimaçonniques était indispensable à son grand projet.
Il escomptait ainsi obtenir leur aide, après réintégration dans
l’administration de Vichy, pour constituer un groupe de
pression assez fort contre les puissants réseaux catholiques qui,
au grand dam de l’Occupant, prospéraient dans
l’entourage du Maréchal.
La manoeuvre échoua, faute de temps.
Treize ans plus tard, le 5 janvier 1955, réfugié à Rome, abrité par
des prêtres de la haine des épurateurs et de la vindicte de ses
anciens amis francs-maçons, Déat rendait l’âme, réconcilié
avec l’Eglise et muni de ses derniers sacrements...
Une fois de plus, une rapide révision d’histoire suffit à
ridiculiser les fables à l’usage des télé-abrutis par
lesquelles les politiciens prédateurs espèrent nous convaincre de
casquer encore et encore pour les prétendues victimes des
Heures-les-plus-sombres.
(A suivre)
Serge de Beketch